Publié le mardi 14 avril 2009

Parce qu’on les a trop longtemps laissés faire !

14 04 2009



Amir Khadir et la responsabilité sociale en temps de crise
Parce qu’on les a trop longtemps laissés faire !

mardi 14 avril 2009, par Amir Khadir

 Dans une de nos dernières chroniques « Au quotidien d’un député du peuple ; Si peu de temps pour se faire entendre ! », nous avions évoqué toutes les difficultés que peut rencontrer un nouveau député quand il cherche à faire passer le message qui est le sien. Nous vous faisons part ici d’un texte d’Amir Khadir qui, quant à la responsabilité sociale en temps de crise, tente de mettre les choses en perspectives. À méditer, ne serait-ce que pour nous rappeler l’importance du pouvoir dont nous pouvons disposer en tant que citoyens ! (Pierre Mouterde)

J’ai dit en chambre que nous sommes collectivement responsables de la crise. La crise dont je parle n’est pas juste la chute de la bourse ou les pratiques d’investissement insensées de la Caisse de dépôt. Bien sûr, la population ne peut pardonner les banquiers et les financiers qui ont trahi la confiance de nos épargnants, ont floué nos petits entrepreneurs et ont empoché par millions des salaires astronomiques, des bonus et des primes de départ inacceptables.

Mais la vraie crise dont j’ai parlé en chambre et dont nous sommes responsables, c’est la crise de à la fois économique et écologique dont M. Charest a finalement reconnu l’importance mardi dernier. Responsables parce que nous avons collectivement trop longtemps laissé les forces du marché prendre le contrôle de notre économie et de nos politiques. Nous les avons laissé nous enfoncer dans une surconsommation qui nous endette et détruit la planète.

Ces pouvoirs financiers de Wall Street, de Bay Street, de Québec Inc. qui nous ont imposé leur loi économique, leur appétit pour la spéculation, le profit maximum, une économie casino où nos gouvernements, plutôt que de décider, ont été réduits, malheureusement souvent sans opposer de résistance, au rôle de croupier d’une économie contrôlée par des financiers, des banquiers et des PDG de grandes industries.

Organisés en lobbies puissants, ils ont forcé les gouvernements et les pouvoirs publics à leur accorder des privilèges sur le dos de la société. Ils réclament sans cesse des baisses d’impôts pour les plus riches. En sommes ils veulent payer le moins de salaires, payer le moins d’impôt et faire le plus de profit sans égard à la société, aux gens et à la nature.

Notre peuple a le droit de savoir que les baisses d’impôt profitent d’abord aux plus riches et augmentent le fardeau des classes moyennes qui subissent en retour l’augmentation des tarifs des services publics. Depuis trente ans, ces détenteurs de capitaux, ces banquiers, ces grands industriels , ont convaincu de gré ou de force nos gouvernements de leur accorder le privilège de faire tout ce qui leur plait ou rapporte et ce même au détriment de l’environnement et de la société.

Voilà le système dont nous sommes collectivement responsables : parce qu’on les a écouté, parce qu’on les a trop longtemps laissé faire. Québec solidaire pense que notre peuple s’attend du gouvernement qu’il cesse d’écouter les milieux affairistes qui nous ont depuis trop longtemps imposé des choix qui ne nous ont pas profité.

Plutôt que de continuer sur cette route ruineuse, il est temps de prendre un virage pour un Québec plus vert et plus solidaire. Pour cela, il faut dès aujourd’hui investir comme nous le proposons dans le transport en commun, en économie sociale et pour produire non pas des mégawatts mais pour économiser de l’énergie : 3 secteurs qui sont créateurs d’emploi.

Dans ma réplique, j’ai également demandé un moratoire sur tous les projets réalisés en partenariat public-privé, en commençant par celui du CHUM. Au lieu de gaspiller les deniers publics en contrats avantageux pour les promoteurs privés, le système de santé a plutôt un urgent besoin de fonds pour faire rouler ses salles d’opération et pour former des infirmières et des pharmaciens cliniques. Il est insensé de continuer les PPP quand les propres ingénieurs du gouvernement, en passant par des médecins et des éditorialistes, tous disent que les PPP coûtent plus cher et sont inefficaces, en plus de faire porter le fardeau du risque sur les épaules des contribuables.

Bonne semaine à tous et à toutes.

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Chávez à la conquête du contrôle étatique

14 04 2009


Chávez à la conquête du contrôle étatique
 
mercredi 8 avril 2009, par Michelle Amaral


Cet article a été publié dans l’hebdomadaire Brasil do Fato, un organe de presse lié au Mouvement des sans terre (MST) du Brésil. Nous reprenons la traduction française du site web de la revue politique virtuelle A l’encontre.



Tiré de Brasil do Foto traduit par le site à l’encontre



http://www.alencontre.org/Venezuela/Vene.Amaral04_09.html

Les expropriations et les occupations de secteurs stratégiques du pays effectuées au cours des dernières semaines par le président du Venezuela, Hugo Chávez, ont provoqué un malaise au sein de secteurs de la bourgeoisie vénézuélienne et de membres de l’opposition. Ceux-ci l’accusent d’exercer une politique d’oppression et de centralisation du pouvoir dans la personne du président. Hugo Chávez défend le point de vue selon lequel il ne s’agit, dans la politique adoptée au Venezuela, que d’une « radicalisation du processus révolutionnaire » et que les changements qui sont en train de se produire conduiront à une « recherche plus intense des racines révolutionnaires et bolivariennes de ce processus ». [La transnationale helvétique du ciment, Holcim — contrôlée par Thomas Schmidheiny et ayant son siège à Jona (St-Gall) — a porté plainte, fin mars 2009, contre le gouvernement Chavez devant le Centre international pour les règlements de l’investissement. En effet, la nationalisation, en 2008, de sa filiale vénézuélienne — dans le cadre de la nationalisation de la branche du ciment — n’aurait pas donné lieu aux versements prévus par l’accord de 1993 sur la « protection des investissements » signé entre la Suisse et le Venezuela.]

Selon le point de vue de l’économiste et éducatrice populaire Roberta Traspadini, les mesures adoptées par Chávez et la façon dont celui-ci a mené la politique gouvernementale peuvent être incluses dans le contexte de résistance menée par lui-même et par d’autres présidents contre l’impérialisme en Amérique Latine. Il faut, dit-elle, « considérer toute cette politique mise en place par Hugo Chávez, par Evo Morales et par Correa, comme une politique qui tente, dans une certaine mesure, d’inverser la situation de domination impérialiste vécue dans le continent ».

Pour Roberta Traspadini, ce que Chávez a fait, c’est de « mettre peu à peu en place une politique internationale de reprise de la force de l’État sur le capital ». L’économiste explique que la capacité qu’a eue le capital – national et transnational – de promouvoir une politique de promotion de ses intérêts en Amérique Latine, commence à être mise en difficulté par des mesures du genre de celles que Hugo Chávez a prises. « Ce qui semblait être devenu hégémonique et omnipotent dans le continent vient à être mis en question par une politique plus nationaliste et moins néolibérale », résume-t-elle.
Les interventions

Le 28 février 2009, Chávez a entrepris une série d’expropriations de terres de grandes propriétés, laissées en friche selon lui, et a occupé des entreprises productrices de riz accusées de stocker celui-ci afin d’en faire grimper le prix sur le marché et de contourner ainsi le système de réglementation du prix des produits de base par le gouvernement. Dans le cadre des interventions menées par le gouvernement, des militaires de la Garde Nationale ont occupé la fabrique de riz Primor à Calabozo. Celle-ci appartient à l’entreprise Polar, elle-même la plus grande productrice d’aliments du Venezuela. Une unité de production de riz de la compagnie nord-américaine Cargill a également été expropriée.

De plus, le15 mars 2009, Chávez a décidé l’occupation par la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) des ports et aéroports dans les États gouvernés par l’opposition. Selon lui, la décision a été prise pour combattre les mafias et le narcotrafic dans ces endroits qui constituent des points stratégiques pour la sécurité du pays. L’ordre a commencé à être exécuté le 21 mars dernier, lorsque des militaires ont occupé l’aéroport et le port de Maracaibo, capitale de l’État de Zulia (au nord du pays) administrée par l’opposant Manuel Rosales, la ville de Porto Cabello, dans l’État de Carabobo (au centre du pays), administrée par le gouverneur de l’opposition Enrique Salas Feo, et l’aéroport de la capitale de l’État, Valência.

Selon Marcelo Buzzeto, professeur de géopolitique à l’Université de São Paulo (USP) et membre du secteur des relations internationales du MST, de telles actions n’ont pas été prises individuellement par le président Chávez. Elles font partie d’un projet de développement national conçu en 2007 et concrétisé dans le Plan Socialiste de Développement de la Nation, approuvé par l’Assemblée Nationale du pays. « Je pense que les mesures prises sont une réaction des forces démocratiques populaires et de la gauche qui soutiennent Chávez », affirme-t-il.

En 2007 déjà, Chávez avait entrepris une série d’étatisations de secteurs considérés comme stratégiques, comme la nationalisation de compagnies de télécommunications et d’électricité, de la zone pétrolifère du fleuve Orénoque, de la plus grande industrie sidérurgique du pays et de trois entreprises de ciment.
Un processus révolutionnaire

Pour Marcelo Buzzeto, le thermomètre permettant de mesurer la « r adicalisation du processus révolutionnaire », tel que défendu par le président vénézuélien, sera « la rapidité, l’intensité et la quantité d’expropriations qui seront réalisées dans le futur ». Cela en raison du fait qu’il n’existe selon lui pas de socialisme au Venezuela. « Le pays continue à être capitaliste. Celui qui détient le pouvoir au Venezuela ce n’est pas Chávez, mais ceux qui contrôlent les moyens de production », insiste-t-il.

L’analyse du processus vénézuélien par Osvaldo Coggiola, professeur titulaire d’histoire contemporaine à l’Université de São Paulo (USP), n’est en revanche pas la même. Au contraire de ce que pense Marcela Buzzeto, Coggiola croit que la politique au Venezuela est fondamentalement basée sur la personne de Chávez et que pour qu’il existe de fait un processus révolutionnaire, celui-ci devrait être pris en charge par le peuple et non par la personne du président. « Ce n’est pas ce qui est en train de se produire actuellement : la population vénézuélienne ne mène pas ses propres batailles, mais mène les batailles de Chávez contre l’opposition », allègue-t-il.

L’historien pense que pour que les travailleurs aient le contrôle des moyens de production, il est nécessaire que se produise une modification de la nature de l’État qui « cesserait d’être totalement subordonné à la direction politique de Chávez pour devenir un État où les travailleurs organisés eux-mêmes feraient effectivement partie du pouvoir politique ».


Les effets de la crise

Pour Coggiola, les mesures que Chávez est en train de mettre en place depuis quelques semaines, particulièrement l’occupation des ports et des aéroports, servent à désarticuler l’opposition et sont directement en relation avec les effets de la crise économique mondiale sur l’économie vénézuélienne, à travers la chute du prix du pétrole. Le pétrole est responsable de la moitié des recettes du pays. Le budget, qui prévoyait pour cette année un baril à 60 dollars, a dû être revu à la baisse ; et aujourd’hui des projections d’un baril à 40-45 dollars sont crédibles étant donné la récession internationale.

En raison de cela, le gouvernement vénézuélien a présenté le 21 mars dernier un paquet de mesures contre la crise. Parmi ces mesures, il y a la coupe de 6,7 % dans le budget et l’augmentation de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (IVA) de 9 % à 12 %. En contrepartie, Chávez a annoncé l’augmentation de 20 % du salaire minimum, afin de soutenir la demande interne et il a garanti que ces mesures n’affecteront ni l’emploi ni les investissements sociaux.

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